Interview : Développez votre intelligence émotionnelle et embarquez votre team !

Alessandra Transformation organisationnelle Leave a Comment

Comme moi, vous rêvez de faire partie de 1% des managers qui embarquent leur team et obtiennent des collaborateurs 100% épanouis et engagés ? Alors continuez à lire car peut être l’intelligence émotionnelle pourra changer votre vie.

L’intelligence émotionnelle: de quoi parle-t-on?

Il y a un mois, je suis devenue manager...

Un an après mon arrivée chez KOSMOSS, il était temps d'agrandir mon “cercle de la communication et du brand management”. Il me semblait indispensable de développer certaines compétences afin que le stage d’Hugo se passe le mieux possible. Pour tout vous dire, je suis diplômée d’une école de management, mais je n’ai jamais appris à être manager ! Par où devrais-je commencer ? Comment on devient une bonne manager ?

À l’IAE, quelques mois auparavant, j’avais choisi de suivre un workshop sur l’agilité comportementale. Je n’avais jamais entendu ces mots avant et, à la fin, je me suis demandée comment cette formation n’était pas dans le curriculum commun à tous les masters !

Au-delà d’un buzzword, ce concept me semblait donc essentiel à comprendre pour communiquer de façon optimale et être une manager bienveillante. 

J’ai appris lors de ce workshop que les émotions ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Tout dépend de comment on les utilise. Le fait d’utiliser ses émotions pour prendre des décisions et faire de meilleures actions, ça s'appelle l’intelligence émotionnelle. Et même si vous n’avez jamais entendu parler de ce concept, comme moi il y a quelques mois, vous êtes sûrement influencé par vos émotions dans la prise de décisions quotidienne. Alors autant apprendre à les utiliser intelligemment, non ? 🙂 

L’intelligence émotionnelle nous permet donc de traiter les informations qui nous sont fournies par les émotions, à la fois les nôtres et celles des personnes qui nous entourent. Elle nous invite à utiliser les émotions à notre faveur et non pas contre nous. 

J’ai décidé d’interviewer des personnes venant d’univers différents pour vous expliquer l’intérêt de l’intelligence émotionnelle et comment on peut la développer dans l’entreprise. 

Colette Schauber est consultante, formatrice et coach. Elle aide les organisations et les équipes à s’épanouir dans un monde complexe grâce à des modes de travail et de gestion notamment centrés sur l’humain.

Pour elle, l’intelligence émotionnelle est un socle du quotidien.

Savoir ressentir pour bien vivre, comme on sait lire, écrire ou compter. Notre monde fait face à de grands défis qui nécessitent de se réinventer individuellement et collectivement. L'intelligence émotionnelle est une force que le plus grand nombre peut apprendre et cultiver pour s'épanouir dans un monde complexe.

Les soft skills seraient, selon elle, indispensables et ils ont aussi l’avantage de pouvoir être développées collectivement. “On parle beaucoup des "soft skills" au travail mais je pense qu'on a en a besoin de manière générale, pour être acteurs des transitions qui sont à l'oeuvre. L'intérêt de la valoriser au travail, je trouve, c'est que l'on peut la développer collectivement, grâce aux autres et avec eux.” défend la consultante. 

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Toujours dans ma quête, j’ai également échangé avec Lucien Schiltz et Philippe Massart du cabinet Seed, spécialisé dans l’agilité comportementale. Ces deux anciens ingénieurs ont choisi de changer de carrière depuis de nombreuses années pour accompagner les entreprises dans leur développement humain.

Face à des clients ayant des problématiques concernant l’optimisation du leadership, la cohésion et l'efficacité des équipes, la conduite du changement ou encore le développement personnel, le cabinet Seed apprend aux managers et aux équipes à appliquer l’intelligence émotionnelle.

Alliant le consulting et la formation au coaching pour les aider à faire face à des gros challenges, ils travaillent notamment sur l’agilité comportementale. c’est à dire, “un état psychologique permettant de réagir de façon adaptée à une situation, ce qui va donner une impression à l’autre qu’il y a un échange d'énergie positive, on obtient donc un retour d’énergie.

Philippe définit l’intelligence émotionnelle comme “un moyen pour comprendre ce qui se passe en nous et avec les autres. Quand on est plus centré sur l’autre que sur soi-même, on fait preuve d’intelligence émotionnelle. C’est toujours facile de le définir, mais le principal est de savoir comment l’utiliser.”

Quel intérêt pour les entreprises de valoriser l’intelligence émotionnelle au travail ?

Selon des études, la liste de bienfaits de l’intelligence émotionnelle est longue, allant de la prévention du burnout à une plus grande motivation et capacité de repérer les informations les plus importantes dans une situation complexe et stressante. 

Si l’intelligence émotionnelle est conseillée à tout le monde, selon Philippe et Lucien, les principales raisons pour lesquelles les entreprises recherchent ce type d’accompagnement sont “la performance des collaborateurs, liée à des changements pas menés d’un point de vue humain. Mais également des équipes qui sont en perte de vitesse et qui souhaitent sortir d’une boucle vicieuse ou lors d’une fusions entre deux entreprises.”

Alors qu’il est difficile de mesurer les impacts chiffrés dans les entreprises accompagnées, les feedbacks de ses clients témoignent d’un impact positif dans l’évolution des personnes dans l’entreprise.

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“En France, on voit qu’il y a une vraie évolution, un changement des paradigmes et augmentation de la recherche pour le coaching en entreprise pour le développement humain. Cela ne cessera d’évoluer dans les années à venir”. Cet intérêt croissant serait lié aux nouveaux modèles de management mais également à une posture plus ouverte des nouvelles générations, qui, selon eux, “n’ont plus du tout le même discours que les anciennes”.

À ce stade, j’espère que vous êtes convaincus de l’intérêt de l’intelligence émotionnelle pour votre équipe. Vous devez être en train de vous demander, comment devient-on intelligent émotionnellement ?

Le chemin d’un manager vers plus d’écoute et d’empathie

Une question que je me suis posée est : l’agilité comportementale et l’intelligence émotionnelle sont-elles innées ? Ou peut-on les travailler ?

Pour Colette, ces compétences sont à portée de tout le monde et on peut les développer en équipe. “C'est différent d'une démarche plus solitaire de développement personnel. À l'aide d'un climat de confiance entre collègues, chacun peut affûter cette intelligence.”

Philippe partage cet avis concernant l’acquisition de cette compétence car, selon lui, même si on n’est pas tous égaux dans notre développement, n’ayant pas eu le même bagage psychologique/ intellectuel, on peut travailler sur soi. “On peut partir de très loin, en se posant de bonnes questions, afin d’acquérir de la maturité émotionnelle.”

Guillaume Houlès est la troisième personne que j’ai interviewée. À l’inverse des consultants Colette, Lucien et Philippe, Guillaume est lui un manager, en charge du développement de Decathlon en Russie. Il nous a raconté son parcours dans l’entreprise depuis deux décennies. Et de comment il est passé d’un management “top down et directif” à un management plus fonctionnel. 

Quand j’ai commencé ma carrière, j’avais un directeur qui était extrêmement directif. J’ai fait le copier coller de ce qu’il faisait : le management « top down ». Tu es le général, on se retrousse les manches, on dit à chacun ce qu’il doit faire. J’ai fait ça pendant 4 ans. Je pense que naturellement je suis empathique, on a fait en sorte de diminuer la portion accordé à l’empathie pour être plus directif et obtenir des résultats plus rapidement.

En quelque sorte, Guillaume s’est adapté à son environnement et a suivi son intuition dans ce premier temps. 

“Cela correspond à la frénésie du magasin : tout doit se décider à la seconde, il y a des clients, des camions qui arrivent avec de la marchandise, des gamins qui courent partout. Je me suis rendu compte qu’en faisant comme ça, j’obtenais rapidement ce que je voulais et cette réactivité était récompensée en magasin. On avait le sentiment que les collaborateurs attendaient ça de nous aussi, qu’on leur file une liste de courses et qu’ils ne se posent pas de question. Quand on est dans une position où on peut exiger des choses c’est assez confortable. Je me suis construit et rassuré comme ça dans les premières années.”

Quelques années plus tard, ce manager s’est rendu compte que lorsqu’il était en vacances, la performance du magasin était meilleure que lorsqu’il était présent

“Quand je revenais je m’apercevais que beaucoup de décisions étaient prises, que je n’aurais pas pris. Ce sont les premiers signaux qui m’ont fait comprendre que les gens avec qui je travaillaient, eux aussi avaient de très bonnes idées.”

Puis au fil des années, et en devenant papa, il a eu envie d’avoir des expériences au travail plus sereines, plus calmes, où chacun peut être lui même. Il a commencé à laisser de côté ses intérêts personnels pour se mettre au service du projet. 

“Avant, mon unique obsession était la performance du magasin, les résultats financier. Les hommes étaient un moyen pour y arriver. J’étais un peu narcissique, j’avais besoin de ressentir que j’étais le capitaine du navire. Petit à petit, j’ai commencé à me mettre moi aussi au service du collectif, faire en sorte que le magasin soit plus important que moi.

Puis ma priorité est devenue de former les personnes afin d’alimenter le vivier et qu’il y ait des gens plus forts que moi pour me remplacer. Cela m’a pris 7 ans. Mon management est devenu infiniment moins directif qu’au début.”

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En France on est un peu court-termistes, il suffit de regarder le système éducationnel en France, leur fonctionnement. On valorise beaucoup les hard skills, mais à long terme cela crée beaucoup moins de valeur que le partage, l’écoute et la confiance… Laisser prendre la décision, laisser faire ses erreurs, les faire exprimer, laisser avoir ses victoires.

L’écoute l’empathie sont les portes d’entrée pour l’intelligence émotionnelle. Sans essayer de tordre les gens pour rentrer dans le moule que j’attendais, en faisant du participatif, j’ai compris que cela pouvait bien se passer.

Des équipes qui se complètent avec des forces différentes, faire comprendre que les gens pouvaient s’aider entre eux, apprendre les uns des autres. 
Lors des entretiens mensuels, j’ai commencé à poser plus des questions, à donner la possibilité de se livrer un peu plus, être à l’écoute, c’est un état d’esprit.

Le mec qui dit être à l’écoute et qui ne cesse pas de regarder sa montre connectée dès qu’il y a des notifications, cela ne marche pas, il faut joindre le geste à la parole. Cela doit être une attitude sincère. 

Être à l’écoute, pour Guillaume, signifie également être réceptif aux feedbacks afin de se remettre en question et de s’apprendre. “Une fois par an, tous les collaborateurs s’expriment de façon anonyme sur leur bien être au travail et l’accompagnement du patron. C’est un indicateur aussi important que la performance financière. Même dans les critiques les plus dures, je me suis toujours dit que si la personne disait cela, c’est qu’au fond il y avait une part de vérité. Il faut prendre le feedback comme un cadeau, au lieu d’essayer de se justifier et de mentir à soi-même.”

L’intelligence émotionnelle se travaille, elle est intentionnelle… tout comme un lieu de travail n’est pas sain par hasard mais bien parce qu’il y a une intention

Enfin, si vous pensez que l'intelligence émotionnelle ne fonctionne que dans certains secteurs d'activité, détrompez-vous. Selon Colette, il s'agit d'un modèle de management nouveau : 

"Dans les entreprises "libérées" l'intelligence émotionnelle est fortement valorisée et encouragée à s'exprimer, cela les distingue d'autres entreprises. Frédéric Laloux dans les critères des organisations "opales" inclut la "plénitude" au sens de la possibilité pour chacun d'exprimer pleinement qui il est. Cela va de pair, selon moi."

FAVI est un exemple d'une PME industrielle dite "libérée" où les syndicats n'ont pas raison d'être car l'écoute est primordiale. Cette entreprise, grâce à son modèle de management atypique, facilite l'empathie en faisant tourner les équipes de poste toutes les heures. 

Les conseils “actionnables” pour vous y lancer dès maintenant

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Vous aurez compris, l’intelligence émotionnelle est primordiale. Maintenant que vous avez compris son intérêt, il est quand même essentiel de l’appliquer à la pratique. Comment procéder ? 

  1. Tout d’abord, demandez-vous pourquoi vous voulez développer votre intelligence émotionnelle. “Le piège serait de la considérer uniquement comme un moyen d'être plus efficace et non comme une fin en soi. Il faut qu'elle soit authentique et désintéressée.” explique Colette. Savoir utiliser ses émotions s’avère très utile pour nous mêmes mais surtout pour les autres. Toute l’entreprise en bénéficiera à la fin. Et si cette démarche n’est pas liée à vos valeurs, votre comportement ne changera pas à long terme. Définissez une intention qui vous guide à développer votre intelligence émotionnelle.
     
  2. Apprenez à vous motiver. Selon l'auteur Mark Manson, "l’action n’est pas seulement l’effet de la motivation mais c’en est aussi la cause." Tout comme à l’école, on peut tout savoir sur le sujet mais si on ne le met pas en pratique, cela ne sert pas à grand chose et on risque d’oublier. Vos actions sont-elles en phase avec vos intentions ? 
  3. Il y a une différence entre ce que vous voyez et votre interprétation des choses. On doit s’efforcer d’avoir une plus grande conscience de soi. Vous devez prendre l’habitude de vous auto-observer, de sortir du pilote auto pour écouter vos émotions, les identifier. Ce n’est qu’une fois que vous avez saisi l’émotion que vous pouvez réagir consciemment.

    Il faut savoir que nous ne pouvons pas contrôler nos émotions mais nous pouvons décider de comment on réagit. Le comportement dirigé par l’objectif nous invite donc à reconnaître nos émotions, décider si elles sont appropriées pour ensuite agir en fonction. 

  4. Pour avoir des relations plus saines avec vos collègues, pratiquez l’écoute active et reconnaissez les émotions ressenties par les autres. Acceptez-les même si vous n’êtes pas d’accord. Puis essayez de voir la situation de son point de vue. Aussi, lorsque vous êtes vulnérable, en partageant honnêtement vos émotions, vous aidez à créer un climat de confiance.
     
  5. En tant que leader, donnez l’exemple à votre équipe et encouragez là. Il est déjà démontré que les humeurs sont contagieuses. L’anxiété peut contaminer tout le monde dans l’entreprise. L’optimisme sera donc très bénéfique pour votre équipe. Le management de l’anxiété devient donc une compétence exécutive.

    Lors des formations vécues par Philippe et Lucien ils ont constaté le rôle primordial du leader. “Pendant la formation, parfois on lui demandera de s’effacer. Mais après, il est notre relai, il doit mettre de l’énergie, doit embarquer son équipe pour que ça marche”.

  6. Apprenez à donner et à recevoir du feedback. Ceci pourrait donner lieu à un autre article mais vous pouvez déjà vous demander “Comment je peux communiquer cette information de manière à ce que la personne soit réceptive?”. Si vous êtes un manager, créez une relation où votre équipe peut également vous donner du feedback. Souvent, les informations ne remontent pas car les personnes ont peur de dire qu’il y a des problèmes.

  7. Continuez d’apprendre. Vous pouvez vous abonner à notre newsletter et suivre d’autres blogs qui parlent des nouvelles méthodes de management. La Harvard Business Review est aussi une très bonne source d’inspiration.

    Certaines formations à l’agilité comportementales sont une porte d’entrée pour passer à l’action. Selon Philippe et Lucien, elles permettent d’instaurer un “nouveau langage” dans l’entreprise et permet à tous de se poser des questions, d’identifier l’origine de comportements inappropriés pour aller vers la cohésion. Lors de ces formations, les participants seront confrontés à des situations réelles lors de jeux de rôles et pourront ensuite reproduire les enseignements en entreprise.

    Vous pouvez également aller au contact des autres lors de meetups et conférences afin de sortir de son contexte, échanger avec des pairs et voir comme cela se passe ailleurs. 

Un grand merci à Colette, Philippe, Lucien et Guillaume qui nous ont partagé leurs riches expériences ! 

Pour les plus curieux d’entre vous, je vous laisse quelques ressources intéressantes sur le sujet qui nous ont inspirées pour cet article : 

Emotional Intelligence at Work 

Se réinventer grâce à l'intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle, le nouvel allié des managers

Pour conclure, je commencerai, pour ma part, par prendre un temps tous les mois avec Hugo, où il pourra s’exprimer sur ses attentes envers moi et vice-versa. Je trouve que c’est un bon premier pas vers plus d’écoute et d’empathie. Je trouve que souvent dans le quotidien on est vite “trop occupés” pour faire ça. Mais on a dit qu'on sortait du pilote automatique, non ?

 Et vous, quelles sont les actions que vous allez mener pour développer votre intelligence émotionnelle ?

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Brand Manager

Enthousiaste du storytelling. Curieuse de tous les sujets, surtout ceux touchant à l'humain et à la planète. Quand elle n'est pas en train d'écrire des articles pour le blog ou la newsletter, elle facilite quelques workshops auprès des clients. 

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